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a cura di Paolo Quintili - quintili@uniroma2.it
Ultimo aggiornamento: 14 luglio 2000





Recherches sur Diderot et
sur l’Encyclopédie  

Numéro 27 — Octobre 1999

 

RÉSUMÉS

 

    Walter I. REX : Le Neveu de Rameau, musique et structure

    La musique est-elle, comme le pensent certains critiques, la clé de l’unité structurale secrète de ce chef-d’œuvre qui est Le Neveu de Rameau ? Ni symphonie " ni " fugue ", le dialogue de Diderot nous paraît résulter de l’entrelacement de trois thèmes qui forment sa texture : l’ " imitation ", qui s’applique non seulement aux arts d’imitation (musique, mime, danse et paroles) évoqués pat le texte, mais aux actes d’une société factice où chacun joue un rôle; la société ", vue surtout sous l’angle de la dépendance sociale et de ses causes économiques enfin la morale ", au sens large des mœurs. Cette trinité rend compte de la variété et de la liberté sans égales du dialogue, mais aussi de sa puissance concentrée à la manière d’une pièce de théâtre régulière.

     

    Hisashi IDA : La pantomime " selon Diderot. Le geste et la démonstration morale.

    Les théories esthétiques de Diderot sur le théâtre et la peinture se caractérisent par un puissant attachement aux gestes inspiré à la fois par la conception sensualiste du langage et par la théorie de l’expression des passions. Cependant, la priorité des actions sur le discours affirmée par la notion de la pantomime " dans les ouvrages tels que la Lettre sur les sourds et muets, Entretiens sur le Fils Naturel et Salons ne signifie pas une abolition gratuite du discours au profit des gestes. Tout au contraire, la notion de la pantomime " proposée par Diderot nous révèle l’interdépendance du discours et du langage gestuel dans la représentation et la communication des passions, qui commande un processus compliqué d’interprétation, en reliant les questions de l’image à celles de la sémiologie et de la rhétorique.

     

    Anne COUDREUSE : Pour un nouveau lecteur: La Religieuse de Diderot et ses destinataires.

    L’incipit de La Religieuse est un texte rempli de paradoxes et de surprises. Il suscite un lecteur singulier qui doit prendre pour modèle le premier destinataire du texte, le marquis de Croismare, et qui entre en concurrence avec lui. En s’appuyant sur les catégories de la réception définies par Wolfgang Iser dans L’Acte de lecture, on constate que le rôle du lecteur ainsi mis en place est radicalement nouveau dans l’histoire de la littérature et préfigure les recherches modernes de la fiction contemporaine.

     

    Cyprien LANNOY : La sensibilité épistémologie de Diderot: expression matérialiste d’un désir d’éternité.

    Pourquoi n’aurions-nous pas foi, comme d’autres ont foi en un être suprême assurant aux hommes le salut et la béatitude pour toujours, en la sensibilité épistémologique, celle vie chimique éternelle proposée par Diderot dans ses écrits philosophiques? La notion de sensibilité pensée par Diderot est à la fois une réalité chimique (scientifique), une propriété universelle de la matière, un principe matérialiste d’unité, une qualité morale (ou valeur) naturelle, un argument métaphysique non dogmatique et un évident substitut de la religion. Plus besoin alors de Dieu et d’un ennuyeux galimatias métaphysico-théologique pour croire en la vie éternelle et pour ériger une morale solide. La sensibilité nous sauve de la mort, nous procure le bien-être, nous incite à faire le bien et à espérer le salut éternel.

     

     Pascale PELLERIN : La place du théâtre de Diderot sous la Révolution.

    Le nombre important des représentations du Père de famille (191) constitue la seule présence ininterrompue de Diderot de 1789 à 1800. Le succès de la pièce durant la Constituante et jusqu’en 1793 tient sans aucun doute à la figure symbolique du père, image du roi, qui voit son fils se révolter contre lui puis se réconcilier, justification de la monarchie constitutionnelle. La même pièce connaît un succès non négligeable sous la Terreur malgré la haïne de Robespierre contre les encyclopédistes. On peut y lire l’exaltation de la vertu des humbles, lecture officielle proprement robespierriste, tout autant qu’un rejet du régime instauré par la Terreur qui pouvait confondre Robespierre et le personnage repoussoir du Commandeur qui possédaient un trait commun, le célibat. Durant le Directoire, on donne également une représentation du Fils naturel et une adaptation de Jacques le fataliste qui ne constituent pas véritablement le lieu d’un enjeu politique important. Les attaques contre Diderot se portaient sur d’autres de ses textes alors publiés. Mais, si Diderot devient la cible privilégiée des contre-révolutionnaires, son théâtre est parfois utilisé par les adversaires de la République. C’est dire que, par son théâtre, Diderot s’est multiplement inscrit dans 1’époque révolutionnaire.

     

    Frank A. KAFKER : Brullé: L’ostrogoth " identifié.

    On connaissait jusqu’ici peu de choses sur l’encyclopédiste Brullé, sinon qu’il était l’auteur des articles IMPRIMERIE et PROlE, qu’il était contremaître dans l’imprimerie d’André-François Le Breton, l’éditeur de l’Encyclopédie, s’attirant par là l’inimitié de Diderot. Grâce à la découverte de deux documents aux Archives nationales, nous savons maintenant que son nom complet était Louis-Claude Brullé, qu’il avait reçu une formation d’imprimeur, qu’il n’était ni riche ni pauvre, et qu’il vivait modestement dans un appartement de la rive gauche où il mourut en 1772. Nous pouvons supposer en outre que s’il avait censuré l’Encyclopédie, c’était à cause de ses convictions royalistes et catholiques, ainsi que par loyauté envers Le Breton.

     

    Sylvain AUROUX - Bernard COLOMBAT : L'horizon de rétrospection des grammairiens de l'Encyclopédie

    Cet article dresse l’inventaire des auteurs ci des œuvres cités dans les articles de l’Encyclopédie qui traitent du langage, des langues et de la grammaire. L’ensemble de ces auteurs constitue ce qu’on peut appeler 1’horizon de rétrospection des grammairiens de l’Encyclopédie, au nom desquels viennent en tête Du Marsais et Beauzée. Les relevés montrent en particulier: 1) une place importante accordée aux auteurs de 1’antiquité grecque et latine, et à l’inverse une absence quasi totale de références médiévales; 2) au XVIe siècle, la domination de deux auteurs, Sanctius ci Jules-César Scaliger; 3) au XVIIe siècle, la suprématie des ouvrages de Port-Royal 4) au XVIIIe siècle, la part importante occupée par les grammairiens du français, au premier rang desquels figure Du Marsais, largement cité par son successeur Beauzée. L’horizon de rétrospection des grammairiens de l’Encyclopédie remonte haut dans le temps et s’inscrit très largement dans la tradition de la grammaire latine. Mais il donne aussi une place à la phonétique, à l’hébreu et manifeste un intérêt à la fois pour les descripteurs des vernaculaires (le français au premier chef, mais aussi l’italien) et pour des langues plus exotiques pour lesquelles sont utilisés des témoignages d’orientalistes, de celtisants, de missionnaires et de voyageurs. L’article comporte une liste des auteurs ou œuvres cités dans les articles de langue de l’Encyclopédie (classés pan ordre alphabétique ci pan périodes) et une liste de ces articles.

     

    François MOUREAU: Lumière méditerranéennes: Diderot dans les bibliothèques des chevaliers de Malte.

La Bibliothèque nationale de Malte conserve les dépouilles " des chevaliers français du XVIIIe siècle: leurs livres légués à l'Ordre. La totale absence d'œuvres de Voltaire rend d'autant plus singulière l'importance du fonds Diderot, composé d’éditions rares, originales et d'un manuscrit. Dans ces marches méridionales de l’Europe chrétienne, la présence de Diderot est, dès ses premières publications, à noter.



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SUMMARIES

 

Walter T. REX: Music and the Unity of Le Neveu de Rameau.

Although scholars agree that the unique power of Diderot's Neveu de Rameau derives in part from its structural unity, there has been no accord on the nature, composition or definition of this unity. Instead of the traditional solutions (including the musical ones), this article propose three unifying "themes" or "subjects": firstly ´ "imitation", a notion which applies not merely to all the ´ "arts of imitation" (music, mime, dance, words) featured in the text, but, more broadly, to every social act in a society where all interactions are based essentially on artifice; secondly ´ "society", seen especially in the relationship of social dependence; and thirdly ´ "morality" taken in its widest sense to imply all forms of human behaviour. This trinity, which constitutes the work's conceptual unity, explains how a dialogue so diversely varied, open, and totally free can nevertheless possess all the power and concentration of a regular stage play.

 

Hisashi IDA: Diderot and the art of pantomime.

The main characteristic of Diderot's æsthetic theories concerning theatre and pantomime is a strong attachment to gesture, inspired both by the sensualist conception of language and the theory of the expression of passions. However, the priority of actions over speech proclaimed by the notion of "pantomime" in works such as Lettre sur les sourds et muets, Entretiens sur le fils naturel and the Salons, does not imply a gratuitous abolition of speech in favour of gesture. On the contrary, Diderot's notion of "pantomime" shows the interdependence of speech and the language of gesture in the representation and communication of passions. This requires a complicated process of interpretation, linking questions of image, semiology and rhetoric.

 

Anne COUDREUSE: For a new reader Diderot's La Religieuse and its addressees.

The beginning of La Religieuse is a text full of paradoxes and surprises. It appeals to singular readers who must model themselves on the work's first addressee, the marquees of Croismare, and compete with him. Using the categories of reception defined by Wolfgang Iser in The Act of Reading, we find that this role of the reader is radically new in literary history and prefigues modem research on contemporary fiction.

 

Cyprien LANNOY: Diderotís epistemological sensibility, the materialistic expression of a desire for eternity.

Why should we not have faith - as others have faith in a supreme being guaranteeing eternal salvation and beatitude - in epistemological sensibility, the eternal chemical life proposed by Diderot in his philosophical writings? Diderot's conception of sensibility is at the same time a chemical (scientific) reality, a universal property of matter, a materialistic principle of unity, a natural moral quality (or value), a non-dogmatic metaphysical argument and an obvious substitute for religion. There is thus no more need for God and for boring metaphysico-theological verbiage in order to believe in eternal life and to establish a solid system of morality. Sensibility saves us from death, provides well-being and incites us to do good and hope for eternal salvation.

 

 Pascale PELLERIN: The place of Diderot's theatre during the Revolution.

The large number of stagings of Le Père de famille (191) constitutes Diderot's only uninterrupted presence from 1789 to 1800. The play's success during the Constituant Assembly and up to 1793 can no doubt be explained by the symbolic figure of the father, an image of the king who sees his son revolt against him before being reconciled; it is seen a justification of constitutional monarchy. It was also successful during the Terror despite Robespierre's hatred of the Encyclopédistes. One can see here the exaltation of humble virtue, a truly Robespierrist official reading, as well as a refusal of the regime set up by the Terror, identifying Robespierre with the unpleasant Commander, with whom he shares the trait of celibacy. During the Directoire Le Fils naturel and an adaptation of Jacques le Fataliste were also staged, as they did not really have a political charge. The attacks on Diderot were directed against other works published at the time. But though Diderot was an important target for the counter-revolutionaries, his theatre was sometimes used by the enemies of the republic. Thus we see that Diderot's theatre was present in many ways in the period of the Revolution.

 

Frank A. KAKFER: Brullé: "L'ostrogoth" identified.

?Little was know previously about the Encyclopedist Brullé except that he was the author of the articles IMPRIMERIE and PROTE, that he supervised the printing shop of André -François Le Breton, the publisher of the Encylopédie, and that he had helped his employer censor the Encyclopédie and thus earned the enmity of Diderot. Thanks to the discovery of two documents in the Archives Nationales, we now know that his full name was LouisClaude Brullé, that he was trained as a printer, that he was neither rich nor poor, and that he lived modestly in an apartment on the Left Bank, where he died in 1772. Also we suspect that he was motivated to censor the Encyclopédie because he was a royalist and a sincere Catholic as well as a loyal employee of Le Breton.

 

Syivain AUROUX and Bernard COLOMBAT: The retrospective horizon of the Encyclopédie's grammarians.

This article draws up the inventory of the authors and works quoted in the Encyclopédie articles devoted to language, languages, and grammar. Taken as a whole, these authors constitute what can be called the retrospective horizon of the Encyclopédieís grammarians, the most important of whom were Dumarsais and Beauzée. The list shows in particular: 1. the large place devoted to classical Greek and Latin authors and an almost total absence of Mediaeval references; 2. for the 16th Century, the dominance of Sanctius and Jules-César Scaliger; 3. for the l7th Century, the predominant place occupied by Port-Royal; 4. for the l8th Century, the importance of French grammarians, above all Dumarsais, frequently quoted by his successor Beauzée. The retrospective horizon of the Encyclopédie's grammarians goes a long way back in time and is generally in the tradition of Latin grammar. But it also finds a place for phonetics and Hebrew and shows interest for both descriptions of the vernacular (mainly French but also Italian) and more exotic languages, using studies by orientalists, Celtic specialists, missionaries and travellers. This article includes a list of the authors and works quoted in the Encyclopédie's language articles (given in alphabetical order and by period) and a list of the articles concerned.

 

François MOUREAU: Mediterranean Enlightenment: Diderot in the Knights of Malta's Library.

The National Library of Malta conserves the "remains" of the French l8th-century knights, namely the books they bequeathed to the Order. The total absence of any of Voltaire's works makes even more surprising the size of the Diderot collection, composed of rare and original editions and a manuscript. Diderot 's present in the southernmost outpost of Christian Europe, from his earliest publications.




 

 
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