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Recherches sur Diderot et sur lEncyclopédie Numéro 23 Octobre 1997 RÉSUMÉS
Pierre CHARTIER : La loi du père (1re partie) La loi du père, étude détaillée de l'Entretien d'un père avec ses enfants, veut montrer que la lecture "philosophique" de ce brillant dialogue, telle que l'exprime le sous-titre (Du danger de se mettre au-dessus des lois), peut et doit etre croisée avec la lecture plus "familiale" que propose le titre, souvenir reconstitué ou réinventé d'une ancienne soirée langroise. Le père et la loi, chez Diderot, font plus qu'échanger leurs pouvoirs et leurs prestiges. Toute l'oeuvre est marquée, et de multiples façons, par ce double et décisif parrainage.
Nicholas CRONK. Jacques le Fataliste et son maitre: un roman quichotisé Il n'y a qu'une référence explicite à Don Quichotte dans Jacques le Fataliste; le roman de Cervantès est pourtant omniprésent dans celui de Diderot. L'histore du maitre et de son serviteur qui voyagent à cheval et qui bavardent ensemble dérive évidemment de Don Quichotte, et la cohérence du couple Jacques et son maitre, essentielle à la tension dialectique de ce roman philosophique, est assurée par la présence cachée de Cervantès. Les contemporains de Didetot considéraient Don Quichotte comme le roman burlesque par excellence: Diderot seul a compris que le roman de Cervantès est d'abore une exploration du romanesque et de la problématique de la lecture, exploration qu'il prolonge dans Jacques le Fataliste.
Roland MORTIER: Diderot et la fonction da geste Le goût de Diderot pour la gestuelle un des traits caractéristiques de sa personnalité comme de son oeuvre. Certains témoins s'en amusent, d'autres s'en indignent et n'y voient qu'une mise en scène.Pour Diderot philosophe, le geste constitue le langage premier de l'homme, et il lui consacre à ce titre une étude approfondie dans sa Lettre sur les sourds et muets. Le geste, comme le cri, est pour lui un révélateur. Aussi en fera-t-il un usage fréquent dans son oeuvre théorique et littéraire en lui donnant une intensité très forte qui confine souvent au frénétique. On en trouve des applications dans son esthétique, dans ses romans et dans ses dialogues, mais c'est dans cette oeuvre inclassable qu'est Le Neveu de Rameau qu'il en donne les expressions les plus éclatantes.
May SPANGLER: Science, philosophie et littérature: le polype de Diderot Le polype, ou hydre d'eau douce, est un petit être extraordinaire dont s'émerveillent Diderot et ses contemporains. Nous considérons dans cet article les propriétés biologiques du polype de Trembley. et en particulier sa reproduction par régénérescence à partir d'un morceau de lui-meme. Nous examinons ensuite les conséquences matérialistes qu'en ont tirées Bonnet et La Mettrie, telles que la continuité des règnes et l'inséparabilité de la vie et de la matière. Nous explorons enfin le polype chez Diderot.. Dans Le Rêve de D'Alembert se marque le passage du polype réel au polype imaginaire, autorisant l'élaboration d'une fiction qui sert à donner forme à une spéculation scientifique: le principe du clonage et de la division cellulaire. Dans sa Correspondance, Diderot présente les particularités régénératrices du polype comme figure de sa textualité, à savoir l'inséparabilité du texte et des idées, et la conception du texte comme une matière organique vivante et douée du pouvor de se reproduire à partir d'elle-meme.
English SHOWALTER: "Madame a fait un livre" : Madame de Graffigny, Palissot et Les Philosophes Cet article fournit des renseignements nouveaux, tirés de la correspondance de Mme de Graffigny, relatifs au début de la carrière de Palissot, entre 1750 et 1755. On y voit sa présence régulière dans le salon de Mme de Graffigny, son emploi des conseils et de la protection de son hôtesse, et enfin son exclusion de chez elle parce qu'elle le considérait comme une compagnie dangereuse. L'article montre ensuite que Mme de Graffigny, pourrait bien être le modèle de Cydalise, hôtesse de salon ridicule dans la pièce satirique de Palissot, Les Philosophes. L'age de Mme de Graffigny, ses activités antérieures et sa situation conviennent mieux que ceux d'aucun autre modèle à Cydalise. Beaucop de remarques précises sur Mme de Graffigny, faites par Palissot dans d'autres contextes, se trouvent répétées dans la pièce à propos de Cydalise.
Romira WORVILL: Recherches sur Paul Landois, collaborateur de l'Encyclopédie Le nom de Paul Landois est lié pour nous à trois ouvrages: l'Encyclopédie, dont il fut un des collaborateurs, une pièce novatrice (Silvie, la première tragédie bourgeoise francaise) et une lettre célèbre, à son intention, que Diderot fit paraître dans la Correspondance littéraire de Grimm. Pourtant, les détails de sa vie, ainsi que le véritable caractère de ses relations avec Diderot, restent obscurs. Le présent article dresse d'abord le bilan des connaissances actuelles à son sujet, pour y ajouter, par la suite, de nouvaux renseignements biographiques retrouvés récemment dans des archives parisiennes. Ces sources attestent de l'existence à Paris, au dix-huitième siècle, d'un peintre nommé Paul Louis Landois, fils du maître peintre Michel Landois, membre de l'Académie de Saint- Luc. Un examen plus détaillé de la pièce et des articles attribués à Paul Landois semble légitimer la conclusion que ces écrits sortent, en effet, de la plume d'un peintre et que, par conséquent, le Paul Landois de l'Encyclopédie et le peintre, dont les archives ont conservé quelques traces, sont la même personne. Reste à préciser le role qu'aurait pu jouer ce contact personnel avec le milieu des peintres dans l'élaboration des idées artistiques de Diderot.
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