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Recherches sur Diderot et sur lEncyclopédie Numéro 22 Avril 1997 RÉSUMÉS
Stephen WERNER: Comédie et philosophie. Le style du Reve de D'Alembert. Récit d'une très grande rigueur philosophique, récit bouffon et frivole, Le Rêve de D'Alembert incarne le mélange de sérieux et de badin qui constitue l'emblème de l'uvre littéraire de Diderot. La valeur de cette esthetique hybride est soulignée par la manière caricaturale dont Diderot met en scéne Jean-Baptiste le Rond D'Alembert ainsi que par l'importance accordée au procédé du dialogue de sourds. C'est autour du langage que se dégage la part la plus large de ce comique phlosophique. Diderot ne s'est pas contenté de revendiquer l'intérêt littéraire des formules burlesques comme "le marbre comestible" ou des verbes parodiques de type "marmotter" ou "brouter". Dans la partie centrale du texte, celle qui porte le titre "Le Reve de D'Alembert", Diderot (ou le narrateur) propose un exemple d'écriture philosophique - l'écriture du siècle des Lumières - aimantée par le lyrisme et la poésie. Passage délirant ou "fou", si l'on veut, il n'a rien de la fragmentation et de l'hystérie de la scéne de l'homme orchestre du Neveu de Rameau. Car il est commandé par l'onirique et par une conception matérialiste de la nature plutôt que par l'opéra et le domaine relatif de la culture. Il fait rayonner un climat de lyrisme serein et de poésie a la manière de Socrate.
Georges DULAC: Diderot, Houdon er les princes Golitsyn. A la suite de la découverte dans les Archives d'Etat, a Moscou, d'une liasse contenant la correspondance de Diderot avec le prince Alexandre Mikhaïlovitch Golitsyn, Sergueï Karp a reconstitué l'histoire des tractations complexes et significatives qui ont accompagné, de 1774 à 1778, l'évolution d'un projet de commande de monuments funéraires à Houdon. L'article résume une publication à paraître et donne l'essentiel de deux lettres inédites du Philosophe.
Philippe DEAN: Deux sortes de peinture. Les Essais sur la peinture sont issus de la volonté de rassembler les connaissances de Diderot afin de penser l'image selon des critéres qui assurent l'unité et l'idéal de sa signification. Dans une addition tardive aux Essais, le critique d'art divise cependant la peinture en deux sortes dont l'opposition mine la volonté de synthétiser sa pensée sur l'image. L'une accorde une place prépondérante au détail dans son régime de signification. C'est lui qui assure la lisibilité, la décomposition de sa totalité en parties qui attestent le réalisme et le sens de l'image. L'autre au contraire pose la notion de détail pour mieux en relativiser la portée théorique et reconnaître que la peinture peut être aussi brouillage et aveuglement par rapport au modèle. Une telle divergence d'effets impose une nécessaire disjonction des modes d'être du regard et du savoir, ainsi qu'un déplacement des catégories de la connaissance. A travers cette dialectique d'effets contradictoires, c'est bien la reconnaissance d'une économie irrationnelle des images dont Didetot se fait le témoin.
Reed BENHAMOU: Diderot et l'enseignement de Jacques-Louis David. Nous n'avons aucune preuve d'un lien entre J.-L. David et Diderot, mais au XIXe siècle on croyait qu'il existait un rapport de maître à éléve entre les deux hommes. Ils auraient pu se rencontrer quand David habitait chez Michel-Jean Sedaine, l'ami de Diderot. Les historiens de l'art se sont intéressés à une possible influence de Diderot sur le développement artistique de David mais ce qui nous intéresse ici, c'est l'hypothése peu envisagée jusqu'à maintenant selon laquelle Diderot ait joué un rôle dans la méthode d'enseignement de David. En effet, si nous comparons l'académie d'art idéale décrite dans les Essais sur la peinture à l'atelier de David, nous constatons non seulement que le langage employé par Davidreprend beaucoup de thèmes et même d'expressions de Diderot, mais encore que sa pédagogie ressemble de si près à celle de Diderot qu'on est en droit de penser qu'il met en pratique le projet du philosophe.
J.A.G. ROBERTS: L'image de la Chine dans l'Encyclopédie. A travers une analyse des 279 références à la Chine (dues notamment à Diderot, d'Holbach et Jaucourt), cet article pose la question de savoir si l'Encyclopédie témoigne d'un déclin de la Chine comme modèle pour l'Europe. Après une étude des sources utilisées, qui prouve limportance des auteurs jésuites, et notamment de J.B. du Halde, nous étudions les thèmes abordés: Diderot et dHolbach, écrivant sur la religion et la philosophie chinoises, donnent une image positive du Confucianisme, tandis que le Bouddhisme et le Taoisme ne seraient que superstition; Diderot se sert de l'histoire chinoise pour mettre en doute la chronologie chrétienne; les articles sur le gouvernement se partagent entre ceux qui voient la pratique politique chinoise comme exemplaire et ceux qui, suivant Montesquieu, jugent la Chine comme despotique; la science et la technologie chinoises ne sont valorisées que pour leurs exploits passés, la langue et la littérature sont dénigrées, et seule la porcelaine échappe aux critiques concernant les arts, Il en ressort que la Chine n'est pas l'objet d'un traitement systématique ou cohérent dans l'Encyclopédie. Mais un ton sceptique a remplacé l'admiration manifestée par les jésuites, et les auteurs se servent de la Chine pour parler de l'Europe. En général ces articles marginalisent ou minimisent l'importance dela civilisation chinoise.
Jérome VIARD dt Djama ISMAEL YOUSSOUF: Les relations entre élasticité et dureté dans le Traité de dynamique sont-elles compatibles avec celles de l'Encyclopédie? Certains passages du Traité de Dynamique relatifs aux lois des chocs, ne comportant aucun calcul compliqué, exprimés dans une langue limpide et concise, pourront paraitre presque familiers à un lecteur d'aujourd'hui. Pourtant cette proximité apparente cache une difficulté de lecture inattendue. Cette difficulté d'interprétation tient en grande partie à ce que, sous des mots très proches des nôtres, la conception qu'a D'Alembert de la matière et de ses propriétés diffère grandement de la nôtre. La lecture des articles de l'Encyclopédie se révèle alors d'un grand secours pour reconstituer les relations qu'entretiennent chez D'Alembert les différentes propriétés des corps comme la dureté, I'élasticité, la compressibilité, qui président aux lois du mouvement dans les chocs. Une fois ce détour effectué, la lecture du Traité devient possible. Cette "expérience" illustre la cohérence de la pensée de D'Alembert sur ce problème au delà de la diversité de ses moyens d'expression.
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